Depuis quelques mois, la directive européenne UE 2023/970 sur la transparence des rémunérations s'est invitée dans toutes les conversations RH. Les cabinets juridiques publient leurs analyses, les consultants en droit social alertent sur les risques, les DRH commencent à s'inquiéter.
Et pourtant, la plupart des entreprises abordent encore ce sujet par le mauvais bout. Elles cherchent un document. Une note de politique salariale. Un avenant à leur accord d'entreprise. Une procédure à valider par leur service juridique. Ce n'est pas là que se joue la conformité.
Ce qui va déterminer si votre entreprise est réellement prête, c'est la qualité de vos données RH, la cohérence de vos référentiels, et la traçabilité de vos décisions salariales. Autrement dit: votre infrastructure RH avant vos textes RH.
Reprenons les faits. La directive UE 2023/970, dont la transposition en droit français est attendue pour juin 2026, impose plusieurs obligations concrètes :
Ce dernier point est celui que les entreprises sous-estiment le plus. Il ne suffit pas d'avoir un écart inférieur à 5%. Il faut pouvoir démontrer, preuves à l'appui, que les écarts existants reposent sur des critères objectifs, neutres et documentés.
Et c'est là que la plupart des entreprises ont un problème. Pas parce qu'elles pratiquent des discriminations. Mais parce qu'elles ne peuvent pas le prouver.
Voici le changement le plus structurant de cette directive, et paradoxalement le moins commenté dans les articles grand public.
Aujourd'hui, c'est au salarié de prouver qu'il subit une discrimination salariale. Demain, ce sera à l'employeur de prouver que ses décisions sont justifiées.
Ce renversement change tout. Il ne s'agit plus de réagir à une plainte. Il s'agit d'être en capacité permanente de démontrer l'équité de sa politique salariale à un salarié, à un candidat, à un inspecteur du travail, à un juge.
Posez-vous cette question simplement: si un salarié vous demandait demain pourquoi il est moins bien rémunéré qu'un collègue de même niveau, seriez-vous en mesure de lui répondre avec des éléments factuels, documentés et cohérents ?
Si la réponse est "probablement pas" ou "ça dépend du manager", vous avez un sujet.
Quand les DRH prennent conscience de l'enjeu, leur premier réflexe est souvent le même : « Il faut qu'on trouve un outil." C'est une erreur de séquençage.
Un outil de suivi des rémunérations est utile, même indispensable. Mais il ne peut rien faire si les données qu'il ingère sont fiables à 60%, si les intitulés de poste varient d'un service à l'autre, si les critères d'augmentation sont dans la tête des managers et nulle part ailleurs.
L'outil amplifie ce qui existe. Il ne corrige pas ce qui manque.
Avant de parler d'outil, les entreprises doivent répondre honnêtement à quatre questions :
1. Les emplois sont-ils lisibles ?
Les intitulés de poste sont-ils harmonisés ? Peut-on regrouper des postes comparables pour les analyser ensemble ? Existe-t-il un référentiel de niveaux partagé dans l'organisation ?
2. Les critères de rémunération sont-ils formalisés ?
Sur quels éléments repose le positionnement salarial dans votre entreprise ? L'expérience ? Le marché ? La performance ? L'ancienneté ? Sont-ils documentés, partagés, appliqués de manière homogène par tous les managers ?
3. Les données sont-elles fiables et consolidées ?
Peut-on croiser facilement les données paie, RH, variable, primes, historiques ? Ou faut-il plusieurs jours de travail manuel pour produire une vision d'ensemble ?
4. Les décisions sont-elles traçables ?
Peut-on retrouver le motif d'une augmentation accordée il y a 18 mois ? Les arbitrages sont-ils documentés quelque part, ou uniquement dans les mémoires ?
Si vous avez répondu "non" ou "pas vraiment" à l'une de ces questions, vous avez d'abord un chantier de structuration RH et ensuite un chantier d’outillage.
La bonne nouvelle : on n'a pas besoin de tout faire en même temps. On peut prioriser et avancer par étapes.
Chantier 1 : Cartographier les emplois
Structurer des familles de métiers, clarifier les niveaux de responsabilité, identifier les populations comparables pour les analyses d'écarts. C'est le socle de tout le reste.
Chantier 2 : Formaliser les critères
Définir explicitement ce qui entre dans le positionnement salarial et dans les décisions d'augmentation. Documenter ces critères. S'assurer qu'ils sont compris et appliqués de manière cohérente par tous ceux qui ont une influence sur les salaires.
Chantier 3 : Fiabiliser la donnée
Identifier les sources d'information disponibles (SIRH, paie, ATS, variable, historiques), évaluer leur qualité, harmoniser les référentiels, consolider une vision unique et fiable.
Chantier 4 : Structurer le pilotage
Mettre en place des indicateurs de suivi, définir une gouvernance des décisions salariales, organiser des revues régulières. C'est ce qui permet de détecter les écarts avant qu'ils deviennent des problèmes.
Chantier 5 : Préparer la communication
Anticiper les questions des salariés et des candidats. Former les managers à répondre de manière cohérente et sécurisée. Préparer les messages internes.
Ces chantiers sont interdépendants. L'ordre dans lequel vous les engagez dépend de votre niveau de maturité actuel. Ce n'est pas le même plan d'action pour une entreprise qui a déjà un SIRH structuré et pour une entreprise qui pilote ses rémunérations sur Excel.
La transparence salariale n'est pas qu'un sujet de conformité. C'est un accélérateur de structuration RH.
Les entreprises qui s'y préparent sérieusement découvrent souvent que ce travail leur permet enfin de répondre à des questions qu'elles se posaient depuis longtemps : pourquoi certains postes attirent moins de candidats ? Pourquoi les augmentations créent des tensions en interne ? Pourquoi certains managers prennent des décisions que leurs collègues ne comprennent pas ?
La transparence salariale, bien préparée, n'est pas une contrainte. C'est une opportunité de rendre la politique salariale lisible pour les RH, pour les managers, pour les salariés, et pour les candidats.
Si vous ne savez pas encore où vous en êtes, la première étape est simple : faites l'état des lieux.
Évaluez honnêtement votre niveau de maturité sur les quatre axes : emplois, critères, données, traçabilité. Identifiez les zones de risque, c'est-à-dire ce qui serait difficile à justifier aujourd'hui si on vous le demandait. Et à partir de là, construisez une trajectoire réaliste.
C'est exactement ce qu'on propose dans notre Bilan Flash de 30 minutes : un entretien offert, sans engagement, pour vous donner une lecture claire de votre situation et vous orienter vers les bons chantiers.
Vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet ?
Rejoignez notre prochain webinaire Transparence des salaires : obligations, enjeux RH et mise en place d'un suivi fiable, le mardi 2 juin 2026, de 12h15 à 13h15.